Gukesh Dommaraju ne gagne pas comme on pourrait s’y attendre d’un prodige adolescent. Pas de sacrifices de pièces téméraires ni de K.-O. en 25 coups comme carte de visite. Gukesh gagne plutôt avec patience, un calcul implacable, et des nerfs d’acier — un style qui ressemble bien davantage à celui d’un champion du monde chevronné qu’à celui d’un gamin. Voici ce qui le rend vraiment si difficile à battre.
Le titre : un « anaconda » patient
S’il fallait résumer Gukesh en un mot, ce serait implacable. C’est un broyeur positionnel qui accumule de minuscules avantages — une structure de pions légèrement meilleure, une pièce marginalement plus active — puis serre l’étau. Les commentateurs comparent souvent sa pression lente et étouffante au fameux style « anaconda » d’Anatoly Karpov : rien de spectaculaire ne se passe pendant un moment, puis on se rend compte qu’on ne peut plus respirer.
C’est un trait rare chez un jeune joueur. La plupart des joueurs en progression (et la plupart des prodiges) adorent les échecs tranchants et forcés. Gukesh est à l’aise dans des positions calmes où le plan gagnant est subtil, et il est prêt à jouer 60, 70, voire 80 coups pour concrétiser son avantage.
Superpouvoir n°1 : un calcul profond
Sous cet extérieur calme se cache une machine à calculer d’élite. Gukesh trouve régulièrement de longues séquences forcées et tient bon dans des positions tactiques confuses sous le zeitnot. Son entraîneur d’enfance, le GM Vishnu Prasanna, est bien connu pour l’avoir encouragé à limiter l’usage du moteur d’échecs durant ses années de formation — poussant Gukesh à résoudre les positions par lui-même plutôt qu’à s’appuyer sur un ordinateur. Le résultat se voit : il fait suffisamment confiance à son calcul pour refuser des nulles « sûres » et continuer à jouer pour la victoire.

Superpouvoir n°2 : une défense obstinée et une endurance à toute épreuve
Gukesh est aussi un défenseur superbe. Il s’accroche dans des positions inférieures que beaucoup de joueurs abandonneraient, et il maintient la partie en vie jusqu’à ce que son adversaire craque. Ses nerfs et son endurance dans les parties longues ont été le facteur décisif de son match pour le Championnat du monde 2024 : la dernière partie se dirigeait vers une nulle de routine quand la pression d’un combat interminable a fini par produire une erreur — et Gukesh a bondi dessus. Vous pouvez lire toute cette histoire dans ses meilleures parties.
Superpouvoir n°3 : il joue pour le résultat
Magnus Carlsen a décrit le jeu de Gukesh comme un « pur contre » — il laisse les adversaires s’engager, absorbe la pression, puis riposte en commettant très peu d’erreurs de son côté. Combinez cela avec son refus d’accepter les nulles faciles, et vous obtenez un joueur qui fait sortir l’eau des pierres. Même dans des structures symétriques, « nulles par nature », Gukesh continue de sonder.
À qui ressemble son jeu ?
Les amateurs d’échecs adorent comparer les nouvelles étoiles aux légendes du passé, et avec Gukesh, deux noms reviennent sans cesse. Le premier est Anatoly Karpov, l’ancien champion du monde dont le style « anaconda » — calme, positionnel, restreignant lentement l’adversaire jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun bon coup — est le meilleur point de comparaison historique pour la façon dont Gukesh serre l’étau. Le second est son compatriote de Chennai et mentor Viswanathan Anand, dont l’influence se manifeste moins dans un trait stylistique unique que dans le professionnalisme de Gukesh, sa base d’ouvertures universelle, et son calme sous pression. Gukesh n’est la copie conforme d’aucun des deux — sa résilience défensive et sa volonté de gratter des positions « nulles à mort » sont bien à lui — mais ces deux points de repère en disent long sur ce à quoi s’attendre quand il s’assoit à l’échiquier.
Un regard honnête : le creux après le titre
Aucun profil n’est complet sans les chapitres plus difficiles. Après avoir remporté la couronne en décembre 2024, Gukesh a traversé une période en dents de scie en 2025 et au début de 2026 — ses résultats en classique ont été irréguliers, et il a ouvertement reconnu ce passage à vide, disant que lui et son équipe allaient alléger son calendrier pour reconstruire sa forme (selon des propos rapportés mi-2026). Rien d’inhabituel à cela : atteindre le sommet jeune apporte une pression énorme et une cible dans le dos, et même les plus grands joueurs connaissent des périodes creuses. Cela vaut la peine de le dire clairement plutôt que de prétendre que la courbe ne fait que monter. Les forces fondamentales — le calcul, la défense, le tempérament — ne disparaissent pas ; la question que tout champion doit affronter est de savoir comment continuer à trouver motivation et acuité une fois le plus grand objectif déjà atteint.
Ce que cela donne dans l’ouverture
Les choix d’ouverture de Gukesh correspondent à son style. Avec les Blancs, il a grandi avec le Ruy Lopez et la Partie italienne — des ouvertures classiques en 1.e4 où les deux camps se développent naturellement et où le vrai combat est un long milieu de partie de manœuvres. Ce caractère de construction lente est exactement là où sa patience porte ses fruits.
Avec les Noirs, il équilibre cette patience avec la Sicilienne Najdorf, une arme de contre-attaque plus tranchante — preuve qu’il sait aussi hausser le ton quand le moment l’exige. Découvrez tout le répertoire dans les ouvertures de Gukesh.
Forces en un coup d’œil
- Calcul : une profondeur et une précision d’élite, même dans le zeitnot.
- Finales : une conversion technique et patiente des petits avantages.
- Défense : obstinée, pleine de ressources, difficile à achever.
- Tempérament : étonnamment calme pour son âge ; refuse les nulles faciles.
- Éthique de travail : réputé pour son acharnement et une préparation d’ouverture approfondie.
Gukesh est-il un joueur positionnel ou tactique ?
Les deux — mais s’il fallait choisir, il penche vers le positionnel. Sa marque de fabrique, c’est l’étau lent et la finale technique, pas l’attaque spéculative. Cela dit, son calcul est assez affûté pour qu’il gère les tactiques sans problème ; il préfère simplement gagner en usant l’adversaire plutôt qu’en le surenchérissant.
Comment s’inspirer du style de Gukesh
Pas besoin d’un rating à 2700 pour emprunter les habitudes de Gukesh :
- Ne précipitez pas la nulle. Gardez les pièces sur l’échiquier tant que la position a encore de la vie.
- Calculez par vous-même. Essayez de résoudre les positions avant de vérifier le moteur.
- Valorisez les petits avantages. Une meilleure structure ou une pièce plus active vaut la peine d’être jouée.
- Défendez activement. Cherchez le contre-jeu plutôt que d’attendre passivement.
Prêt à le voir en action ? Rejouez les meilleures parties de Gukesh, ou retournez au profil complet de Gukesh Dommaraju.
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